Supprimer un deepfake : faire retirer un hypertrucage sexuel ou diffamatoire
Un deepfake sexuel ou diffamatoire n'a pas besoin d'être démontré comme fabriqué pour être retiré. Les grandes plateformes prévoient déjà une catégorie de signalement pour les contenus intimes faux ou manipulés, et le droit français punit depuis la loi SREN du 21 mai 2024 la diffusion d'un montage à caractère sexuel sans consentement. Cette page décrit les preuves à figer, les routes exactes à emprunter et ce que les textes exigent réellement.
ABSTRACT
Conclusion : ne cherchez pas à prouver que l'image est synthétique. Signalez-la dans la catégorie que la plateforme prévoit déjà pour les contenus intimes faux ou manipulés, figez les preuves avant de signaler, et ne traitez l'empreinte numérique que comme une couche secondaire, parce qu'elle reconnaît des fichiers, pas des visages.
Rédigé à partir des articles 226-8, 226-8-1 et 226-2-1 du code pénal tels que décrits par la CNIL et par les réponses officielles du Sénat et de l'Assemblée nationale, de l'article 9 du code civil et des fiches Service-Public.fr sur le droit à l'image et le signalement d'un contenu illégal, de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004, du règlement (UE) 2022/2065 et des pages de l'Arcom, du cadre réglementaire européen sur l'IA publié par la Commission européenne, et des pages d'aide en vigueur de Google, X, TikTok, YouTube et StopNCII.org. Sources consultées le 26 octobre 2026.
Sommaire
- 01Ne prouvez pas que c'est faux
- 02Figer les preuves avant de signaler
- 03Les textes français applicables
- 04La notification à l'hébergeur
- 05Article 16 du DSA et rôle de l'Arcom
- 06Routes de signalement par plateforme
- 07Désindexation dans Google Search
- 08StopNCII : ce que l'empreinte couvre
- 09Marquage IA : ce que le droit impose
- 10PHAROS, plainte pénale et référé
- 11Réapparitions et suivi
01Ne prouvez pas que c'est faux
C'est le point pratique le plus mal compris. Les victimes passent des jours à chercher un rapport d'expertise, un score de détection, une comparaison de pixels. Aucune des routes de retrait décrites ci-dessous ne demande cela. Ce qu'elles demandent, c'est que vous soyez identifiable et que la diffusion ait eu lieu sans votre autorisation.
L'aide de Google le dit explicitement : la demande de suppression couvre les faux contenus, c'est-à-dire les contenus fabriqués, souvent avec des outils de retouche ou de l'intelligence artificielle, qui vous montrent nu ou dans une situation sexuelle. Trois conditions suffisent : vous êtes identifiable, le contenu est faux et vous représente nu ou dans une situation sexuellement explicite, et il a été diffusé sans votre autorisation.
Le droit français fonctionne dans le même sens. L'article 226-8-1 du code pénal ne réprime pas une image authentique : il réprime précisément la publication d'un montage présentant un caractère sexuel sans le consentement de la personne. Le caractère fabriqué du contenu est l'élément de l'infraction, pas un obstacle à franchir.
La question à laquelle vous devez répondre dans un signalement n'est donc pas technique. Elle est : est-ce bien moi, et ai-je consenti à cette diffusion ? Consacrez votre effort à l'identifiabilité et à la constitution du dossier, pas à la détection.
Ne vous appuyez pas sur un score de détecteur d'IA grand public. Aucune des procédures ci-dessous n'en réclame, et un score erroné versé à votre dossier est plus nuisible qu'une absence de score.
02Figer les preuves avant de signaler
Un signalement qui aboutit fait disparaître le contenu en quelques heures, et avec lui la trace de ce qui a été publié. On fige d'abord, on signale ensuite. Ne recadrez pas les captures par pudeur et ne republiez le contenu nulle part, même pour le montrer à un proche.
À relever pour chaque élément
- L'URL complète de la publication, et l'URL directe du média lorsqu'elle est visible
- Le pseudonyme, le nom affiché, l'URL du profil et la date de création du compte si elle apparaît
- La date et l'heure de publication telles que la plateforme les affiche, plus l'heure locale de votre capture
- Une capture d'écran du haut de l'écran jusqu'en bas, barre d'adresse comprise, sans recadrage ni masquage
- Le nombre de vues, de partages et de réactions, le texte de la légende, les mots-dièse et les commentaires qui vous nomment
- Pour une vidéo, la durée totale et les minutages des séquences qui vous représentent
- La photographie d'origine dont le montage semble tiré, avec sa propre URL et sa date
- Une copie du fichier conservée hors ligne, afin de pouvoir en calculer une empreinte plus tard
Si la personne représentée est ou était mineure, arrêtez-vous. Ne téléchargez rien, ne faites pas de capture et ne calculez aucune empreinte. Signalez à la plateforme et portez plainte, rien de plus.
03Les textes français applicables
Quatre fondements se recoupent, et le bon réflexe est de les citer ensemble plutôt que d'en choisir un. Les trois premiers sont pénaux, le quatrième est civil et c'est celui qui ouvre le retrait en urgence.
| Texte | Ce qu'il réprime | Peines encourues |
|---|---|---|
| Article 226-8 du code pénal | Diffuser un montage réalisé avec l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement. Depuis la loi SREN, l'infraction vise expressément les contenus générés par un traitement algorithmique | Un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. La diffusion sur les réseaux sociaux est une circonstance aggravante punie de deux ans et 45 000 € |
| Article 226-8-1 du code pénal | Publier un montage présentant un caractère sexuel sans le consentement de la personne, ce qui couvre les deepfakes sexuels. Article créé par la loi SREN du 21 mai 2024 | Deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende. Trois ans et 75 000 € lorsque la publication passe par un service de communication en ligne |
| Article 226-2-1 du code pénal | Capter, enregistrer, transmettre ou diffuser sans accord une image à caractère sexuel. La diffusion est punie même si la personne avait consenti à la prise de vue | Deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende |
| Article 9 du code civil | Atteinte au respect de la vie privée. Fondement de l'action civile en réparation et de la demande de retrait | Dommages et intérêts, et retrait ordonné par le juge civil, le cas échéant en référé |
L'article 226-8-1 a été introduit par l'article 21 de la loi n°2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique. L'article 15 de la même loi a étendu l'article 226-8 aux contenus produits par un traitement algorithmique. Ce sont les deux dispositions à viser pour un hypertrucage sexuel.
Pour un deepfake non sexuel mais diffamatoire ou humiliant, c'est l'article 226-8 qui s'applique, éventuellement avec le harcèlement en ligne. La CNIL rappelle par ailleurs que l'escroquerie et la provocation à la haine peuvent être retenues selon l'usage fait du montage.
04La notification à l'hébergeur
La route de retrait de droit commun en France passe par la notification à l'hébergeur, prévue par l'article 6 de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004 dite LCEN. Vous n'avez aucune obligation de contacter d'abord l'auteur de la publication.
Service-Public.fr détaille les mentions que le signalement doit comporter. Une notification incomplète est une notification que l'hébergeur peut écarter, donc rédigez-la en reprenant la liste point par point.
- Vos informations d'identité et vos coordonnées, nom, prénom et adresse électronique
- La description du contenu que vous estimez illicite
- Sa localisation précise, c'est-à-dire l'URL exacte, et non le nom du site
- L'exposé détaillé des motifs pour lesquels le contenu est illicite, avec les textes visés
- Les éléments permettant d'identifier l'auteur de la publication
- Une déclaration de bonne foi, c'est-à-dire la confirmation que vous estimez réellement le contenu illicite
- Les démarches éventuellement déjà faites auprès de l'auteur
L'hébergeur doit apprécier le caractère illicite. S'il est avéré, il doit alerter sans délai les autorités compétentes, par exemple le procureur de la République, puis retirer le contenu ou en bloquer l'accès. S'il ne le fait pas après avoir été notifié, sa responsabilité peut être engagée, et la victime qui prouve qu'il connaissait le caractère illicite du contenu peut demander des dommages et intérêts.
Signaler sciemment comme illicite un contenu que vous savez licite est puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. C'est une raison supplémentaire de viser des textes précis plutôt que de qualifier au hasard.
Pour un site indépendant, les coordonnées de l'hébergeur figurent en principe dans les mentions légales. Lorsqu'elles sont absentes, la recherche remonte au registraire du nom de domaine et au fournisseur d'infrastructure, qui sont eux aussi notifiables.
05Article 16 du DSA et rôle de l'Arcom
Depuis le règlement (UE) 2022/2065, dit DSA ou règlement sur les services numériques, la notification n'est plus une faveur. Son article 16 impose aux hébergeurs, plateformes comprises, de mettre en place des mécanismes de notification et d'action accessibles par voie électronique.
L'Arcom décrit la chaîne complète. L'article 20 oblige les plateformes en ligne à faire fonctionner un système interne de traitement des réclamations. L'article 21 les oblige à vous informer des possibilités de règlement extrajudiciaire des litiges et des cas où vous pouvez y recourir. Les organes français de règlement extrajudiciaire sont certifiés par l'Arcom et réexaminent les décisions de modération contestées.
| Étape | Fondement | Ce que vous en obtenez |
|---|---|---|
| Signalement dans l'outil de la plateforme | Article 16 du règlement (UE) 2022/2065 | Une décision motivée et un accusé de réception. Une notification suffisamment précise et étayée fait naître la connaissance du caractère illicite |
| Réclamation interne contre un refus | Article 20 du règlement (UE) 2022/2065 | Un réexamen par la plateforme, avec intervention humaine lorsque la première décision était automatisée |
| Règlement extrajudiciaire | Article 21 du règlement (UE) 2022/2065 | Un réexamen par un organe indépendant certifié par l'Arcom. La démarche est payante et vise un accord amiable |
| Plainte contre la plateforme elle-même | Loi n°2024-449 du 21 mai 2024, article 14 | Le traitement de la plainte par l'Arcom, qui la transmet au coordinateur de l'État membre d'établissement si le service n'est pas établi en France |
La loi SREN a désigné l'Arcom coordinateur pour les services numériques en France, aux côtés de la CNIL et de la DGCCRF. À ce titre l'Arcom reçoit et traite les plaintes relatives au non-respect du DSA, centralise les injonctions des autorités judiciaires et administratives françaises, désigne les signaleurs de confiance dont les signalements sont traités en priorité, et siège au comité européen des services numériques.
Retenez la hiérarchie : l'Arcom ne retire pas un contenu à votre place. Elle sanctionne en dernier recours les manquements des acteurs qu'elle supervise. Le retrait, lui, s'obtient de l'hébergeur ou du juge.
06Routes de signalement par plateforme
Utilisez la route nommée pour les contenus intimes non autorisés plutôt que le signalement générique pour nudité. La route nommée est examinée au regard d'une politique qui n'exige pas que l'image soit authentique.
| Service | Route et ce que la politique couvre | Points pratiques |
|---|---|---|
| Google Search | Supprimer des contenus à caractère sexuel personnels, qui comporte une catégorie dédiée aux faux contenus, deepfakes et fausse nudité | Trois conditions : vous êtes identifiable, le contenu est faux et sexuellement explicite, la diffusion a eu lieu sans votre autorisation |
| Services Google | Demander à Google de supprimer un contenu explicite ou intime dans la Recherche, Drive et Photos. La politique vise les images fausses, générées par IA ou synthétiques | Google indique viser un examen sous 48 heures et vous notifie sa décision par courriel. YouTube exige un formulaire distinct |
| X | Signaler le post, puis photo ou vidéo non autorisée, puis contenu intime non autorisé. La politique vise les images qui superposent le visage d'une personne sur le corps nu d'une autre, ou une autre manipulation numérique de ce type | Un signalement peut porter sur cinq posts au maximum. Le formulaire relatif aux informations privées est une voie parallèle |
| TikTok | Signalement intégré pour atteinte à la vie privée. La politique sur les abus sexuels à l'égard des adultes interdit les abus sexuels basés sur l'image et la sextorsion | TikTok impose par ailleurs aux créateurs de mentionner tout contenu généré par IA ou modifié de façon significative montrant des personnes réalistes |
| YouTube | Procédure de réclamation pour atteinte à la vie privée. Il faut être personnellement identifiable dans la vidéo signalée | La détection de ressemblance est accessible aux titulaires de chaîne majeurs après vérification d'identité, couvre le visage et renvoie vers cette même procédure |
| Instagram, Facebook, Threads | Signalement intégré sur la publication, puis le motif relatif au contenu intime non autorisé | Les trois services figurent parmi les partenaires de StopNCII.org, donc une empreinte déposée y est comparée aux mises en ligne |
Déposez un signalement par élément, et non un signalement listant plusieurs liens. Conservez le numéro de référence que chaque route renvoie : c'est lui que vous citerez pour contester un refus ou pour traiter une réapparition comme une récidive.
07Désindexation dans Google Search
Retirer une page de l'index ne la supprime pas, mais c'est souvent ce qui arrête concrètement le dommage, parce que presque personne n'atteint le site hébergeur autrement qu'en cherchant votre nom.
Google décrit deux issues possibles pour une demande acceptée. La suppression totale signifie que le site n'apparaît plus dans la recherche Google. La suppression partielle signifie qu'il n'apparaît plus pour les requêtes contenant votre nom ou un élément permettant de vous identifier, mais peut encore ressortir sur d'autres recherches.
Pour les images à caractère sexuel, Google indique rechercher et supprimer les doublons par défaut, et vous laisse désactiver cette option dans le formulaire. Laissez-la active : c'est le seul traitement automatique des copies que la procédure vous offre.
Deux limites doivent être intégrées dès le départ. Seules les URL que vous indiquez sont examinées, donc la qualité de votre relevé détermine le résultat. Et si le sujet relève de l'intérêt général, par exemple l'actualité, Google peut décider de ne pas supprimer le contenu.
Désindexation et retrait chez l'hébergeur sont deux chantiers distincts. Menez les deux. Aucun ne remplace l'autre, et Google rappelle lui-même qu'il n'agit que sur ses résultats de recherche, le contenu restant présent sur le web.
08StopNCII : ce que l'empreinte couvre
StopNCII.org calcule une empreinte numérique du fichier sur votre propre appareil et ne transmet que cette empreinte. Le fichier d'origine ne quitte pas votre téléphone ou votre ordinateur et n'est pas conservé. Les plateformes partenaires comparent ensuite les mises en ligne à la banque d'empreintes.
Les deepfakes sont éligibles. La foire aux questions du service indique que la diffusion non consensuelle d'images intimes peut inclure des images manipulées et des hypertrucages, et qu'une image synthétique peut être traitée dès lors qu'elle vous représente, que vous y avez accès et qu'elle est nue ou partiellement nue.
Les limites sont structurelles et il faut organiser le dossier autour d'elles.
- L'empreinte reconnaît un fichier, pas un visage. Les standards utilisés sont PDQ et PhotoDNA pour les photos et MD5 pour les vidéos. Une copie identique est reconnue ; un hypertrucage nouvellement généré à partir de votre visage ne l'est pas.
- Une version retouchée échappe à la correspondance. Un recadrage, un filtre ou un extrait produisent une autre empreinte et doivent être déposés séparément. L'empreinte d'une vidéo ne couvre pas ses vignettes, qu'il faut capturer et traiter à part.
- La portée s'arrête aux partenaires. Le service le dit : il ne peut pas retirer des images de l'ensemble d'internet, seulement des plateformes participantes listées sur sa page de partenaires. Y figurent notamment Facebook, Instagram, Threads, TikTok, X, Reddit, Snap, Microsoft, OnlyFans et Pornhub. Les messageries chiffrées ne sont pas couvertes.
- Le délai n'est pas immédiat. L'empreinte est créée aussitôt, mais il faut compter trois à cinq jours pour voir l'état du dossier évoluer. Le service est réservé aux personnes majeures sur l'image.
Traitez l'empreinte comme un plancher posé sous le problème, pas comme le retrait lui-même. Si le contenu est déjà en ligne, signalez d'abord aux plateformes, puis déposez l'empreinte pour la suite.
09Marquage IA : ce que le droit impose
Le règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle impose, à son article 50, à celui qui déploie un système d'IA produisant un hypertrucage de révéler et d'étiqueter le caractère artificiel du contenu. Ce n'est pas une voie de retrait, mais l'absence de mention est un fait utile dans une réclamation comme devant le juge.
| Échéance | Ce qui s'applique |
|---|---|
| 1er août 2024 | Entrée en vigueur du règlement sur l'IA |
| 2 février 2025 | Interdictions de certaines pratiques d'IA et obligations de littératie en matière d'IA |
| 2 août 2025 | Règles de gouvernance et obligations applicables aux modèles d'IA à usage général |
| Août 2026 | Application générale du règlement et entrée en vigueur des règles de transparence sur les hypertrucages et les contenus générés par IA |
| Décembre 2026 | Interdiction des systèmes d'IA qui génèrent du contenu sexuellement explicite et intime non consensuel ou du matériel d'abus sexuel sur enfants, applications de dénudation comprises |
Cette dernière échéance a été ajoutée par le règlement omnibus sur l'IA, entré en vigueur le 27 juillet 2026, qui a par ailleurs reporté des obligations relatives aux systèmes à haut risque sans toucher aux règles de transparence. C'est la première fois qu'un texte européen vise directement l'outil de génération plutôt que le seul diffuseur.
En pratique, deux usages de ces textes. D'une part, le défaut de marquage renforce un signalement au titre de la tromperie. D'autre part, lorsque l'image provient d'une application de dénudation identifiable, le service lui-même est désormais visé, et ses conditions d'accès comme son hébergement deviennent des cibles de notification à part entière.
10PHAROS, plainte pénale et référé
Le signalement PHAROS
La plateforme internet-signalement.gouv.fr, dite PHAROS, reçoit les signalements de contenus accessibles à tous les internautes, sur un réseau social, un blog ou un forum. Les agents ne collectent en principe que votre adresse IP, qui ne permet pas de vous identifier. Si le contenu est jugé illicite, il est transmis aux autorités compétentes, qui peuvent demander sa suppression à l'hébergeur.
Trois réserves. PHAROS ne traite pas les cas urgents, qui relèvent du 17, du 15 ou du 18. Il ne vaut pas pour les injures et les diffamations, ni pour les contenus reçus dans un cadre privé, qui doivent être portés directement à la police ou à la gendarmerie. Et il ne remplace pas une plainte : signaler n'est pas porter plainte.
La plainte
La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, ou par courrier auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire compétent. La présence d'un avocat n'est pas obligatoire. Vous pouvez vous constituer partie civile pour obtenir des dommages et intérêts si des poursuites sont engagées. En cas de classement sans suite, ou sans nouvelles depuis plus de trois mois, une plainte avec constitution de partie civile est possible.
Allez à la plainte, et pas seulement aux plateformes, dès que l'un de ces éléments est présent : la personne représentée est mineure ; on vous menace de publication ou on vous réclame de l'argent ou des images ; la diffusion s'inscrit dans une campagne par une personne identifiable ; il y a prise de contact avec votre employeur, votre école ou votre famille. Apportez le relevé constitué, pas les fichiers.
Le référé civil
Pour obtenir un retrait rapide, la voie est le référé devant le juge civil, sur le fondement de l'article 9 du code civil. La même procédure permet de demander des dommages et intérêts et le remboursement des frais d'avocat. C'est la seule route qui produit une décision exécutoire contre un hébergeur qui refuse de retirer.
Dénoncer à PHAROS un contenu que vous savez licite est puni de cinq ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Les textes ne pardonnent pas le signalement de complaisance.
11Réapparitions et suivi
Identifier l'auteur : la limite réelle
Les plateformes ne communiquent pas les données d'un abonné à un plaignant privé. Elles les communiquent aux autorités ou sur décision de justice. Ce que vous pouvez faire vous-même, c'est construire le dossier qui rend l'une ou l'autre possible : le pseudonyme, l'URL du compte et sa date de création, les horaires de publication, les tournures et les fautes récurrentes dans les légendes, les autres comptes qui diffusent le même fichier dans la même minute, enfin l'hébergeur et le registraire de tout site autonome. Sur un forum, notez le fil et le message le plus ancien : le premier diffuseur est en général le seul qu'il vaille la peine de poursuivre.
Empêcher les remises en ligne
Attendez-vous au même fichier et à de nouvelles variantes. Un cycle de surveillance qui fonctionne tient en quatre pièces : un jeu fixe de requêtes sur votre nom, vos pseudonymes et leurs fautes de frappe, exécuté à intervalles réguliers dans les moteurs et dans les plateformes elles-mêmes ; une recherche d'image inversée sur la photographie d'origine, qui fait souvent remonter les montages construits à partir d'elle ; les dossiers d'empreinte maintenus ouverts pour que les partenaires continuent de comparer ; et la trace de chaque numéro de référence, pour qu'une réapparition soit escaladée comme une récidive au lieu d'être rouverte comme une plainte neuve.
La reconnaissance de visage est la couche qui rattrape les montages partageant votre apparence sans partager votre empreinte de fichier. C'est la seule qui tienne à mesure que de nouvelles variantes sont générées.
SARAZIM LLC intervient sur ce versant : relevé des preuves, notifications aux hébergeurs et aux plateformes, désindexation, dossiers d'empreinte et surveillance continue des remises en ligne. Nous ne sommes pas un cabinet d'avocats et nous n'assurons aucune représentation en justice.
Questions fréquentes
Dois-je prouver que l'image a été générée par IA ?
Non. L'aide de Google indique couvrir les faux contenus, deepfakes et fausse nudité, et l'article 226-8-1 du code pénal est précisément écrit autour d'un montage. Les routes de retrait vous interrogent sur votre identifiabilité et sur l'absence de consentement, pas sur la technique employée.
Mon signalement a été refusé, je fais quoi ?
Redéposez-le sous la route nommée pour les contenus intimes non autorisés plutôt que sous le motif générique de nudité, puis utilisez le système interne de réclamation prévu par l'article 20 du DSA. Si le refus est maintenu, l'article 21 ouvre un réexamen par un organe de règlement extrajudiciaire certifié par l'Arcom.
Quelle peine encourt l'auteur d'un deepfake sexuel ?
L'article 226-8-1 du code pénal prévoit deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende, portés à trois ans et 75 000 € lorsque la publication passe par un service de communication en ligne. L'article 226-8 punit d'un an et 15 000 € le montage non sexuel, avec aggravation à deux ans et 45 000 € en cas de diffusion sur les réseaux sociaux.
Que doit contenir ma notification à l'hébergeur ?
Vos coordonnées, la description du contenu, sa localisation par URL, l'exposé des motifs d'illicéité avec les textes visés, les éléments permettant d'identifier l'auteur, une déclaration de bonne foi et les démarches déjà faites. Un signalement sciemment mensonger est puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende.
L'Arcom peut-elle faire retirer le contenu ?
Non. L'Arcom est coordinateur pour les services numériques en France : elle reçoit et traite les plaintes relatives au non-respect du DSA, certifie les organes de règlement extrajudiciaire et sanctionne en dernier recours les acteurs qu'elle supervise. Le retrait s'obtient de l'hébergeur ou du juge.
Le règlement européen sur l'IA impose-t-il un retrait ?
Non. Son article 50 impose de révéler et d'étiqueter le caractère artificiel du contenu, et les règles de transparence s'appliquent depuis août 2026. En revanche, une interdiction des systèmes générant du contenu intime non consensuel, applications de dénudation comprises, s'applique à partir de décembre 2026.
L'empreinte StopNCII bloque-t-elle les nouvelles versions ?
Non. Les standards utilisés sont PDQ et PhotoDNA pour les photos et MD5 pour les vidéos : seules les copies identiques sont reconnues. Un montage nouvellement généré produit une autre empreinte, et c'est la surveillance par reconnaissance de visage qui le rattrape.
Faut-il signaler à la plateforme ou porter plainte ?
Les deux, en parallèle. Un signalement PHAROS ou à une plateforme ne vaut pas plainte, et une plainte ne retire rien par elle-même. Pour un retrait rapide opposable, la voie est le référé civil fondé sur l'article 9 du code civil.
Sources vérifiées
- Hypertrucage (deepfake) : comment se protéger et signaler les contenus illicites ? - CNIL
- Réponse à la question écrite n°1720 sur les hypertrucages et la loi SREN - Assemblée nationale
- Droit à l'image et respect de la vie privée - Service-Public.fr
- Comment signaler un contenu illégal publié sur internet ? - Service-Public.fr
- Responsabilité des contenus publiés sur internet : quelles sont les règles ? - Service-Public.fr
- Règlement sur les services numériques ou DSA : obligations et services concernés - Arcom
- L'Arcom désignée coordinateur pour les services numériques en France - Arcom
- Cadre réglementaire sur l'intelligence artificielle - Commission européenne
- Supprimer des contenus à caractère sexuel personnels de la recherche Google - Aide Google
- Demander à Google de supprimer un contenu explicite ou intime - Aide Compte Google
- Politique en matière de nudité non consensuelle - Centre d'assistance X
- Règles communautaires : sécurité et civilité - TikTok
- Procédure de réclamation pour atteinte à la vie privée - Aide YouTube
- Questions fréquentes - StopNCII.org
Cette page est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique. L'issue dépend des faits propres à chaque dossier, de la juridiction concernée et de la plateforme en cause, et les politiques des plateformes comme leurs routes de signalement changent sans préavis. Google, Google Search, YouTube, X, TikTok, Instagram, Facebook, Threads, Reddit, Snap, Microsoft, OnlyFans, Pornhub et StopNCII.org sont des marques de leurs titulaires respectifs, et SARAZIM LLC n'est ni affiliée à eux, ni approuvée par eux, ni mandatée par eux. SARAZIM LLC n'exerce pas la profession d'avocat et n'assure aucune représentation en justice ; pour un avis sur vos droits ou sur une procédure pénale, consultez un avocat inscrit dans votre ressort.
CASE INTAKE
Envoyez-nous les URL avant de signaler
Transmettez les liens, les pseudonymes et les dates, et nous vous indiquerons quelle route s'applique à chaque élément et quelles preuves elle exige. La consultation se fait de façon anonyme et rien n'est déposé sans votre instruction.
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